Les 120 ans de Lyon Olympique échecs- partie 2/3

photos de la mairie de Lyon

Partie 2

Le vendredi matin fut particulièrement animé sous la houlette bienveillante de Christophe Leroy et de la pétillante Sonia Mekroud,  maman de deux joueurs du LOE, rejoints par plusieurs invités, dont Alain Barnier, Président de l’association de collectionneurs Thémechecs, ancien Président de la Commission Art, Culture et Histoire de la FFE et organisateur de la vente aux enchères prévue le samedi après-midi, de Louis Risacher et son épouse, mémoire de l’arbitrage français, organiseur des Olympiades de Nice en 1974. Ensemble, nous avons pris la direction de l’Hôtel de Ville de Lyon, l’un des édifices les plus emblématiques de la cité des Gones.

On y pénètre par l’arrière du bâtiment, face à l’Opéra et à son spectaculaire dôme de verre, conçu par Jean Nouvel en 1993. Cette audace architecturale, mêlant le fer et la transparence, entre en dialogue avec la pierre classique de l’Hôtel de Ville. Ce dernier, édifié au XVIIᵉ siècle sous l’impulsion de Simon Maupin, fut ensuite embelli par les illustres Jules Hardouin-Mansart et Robert de Cotte, architectes du Roi-Soleil. Déjà à ce moment-là, le bâtiment n’était pas seulement un lieu administratif : il incarnait le prestige et la puissance de la ville.

Guidés par Tristan Debray Conseiller délégué à la Ville des Enfants ,et joueur d’échecs (2100 Elo) nous avons franchi les majestueuses portes et découvert  la salle du Conseil, les salons d’apparat. Chaque salle déploie un univers particulier : dorures, peintures murales, plafonds sculptés, jeux de lumière et couleurs chatoyantes. Ces espaces, qui accueillaient jadis fêtes somptueuses et réceptions officielles, continuent aujourd’hui d’impressionner les visiteurs par leur faste et leur raffinement.

Dès l’entrée dans le salon principal, un détail attira immédiatement notre attention : un vase vert monumental, cadeau offert par la ville de Moscou à Lyon en 1894. Ce présent, chargé de symbolique, illustre les liens historiques et culturels entre les deux villes. La légende dit que le douzième champion du monde Anatoli Karpov, en visite, est resté longuement devant l’objet, fasciné par son éclat et ses nuances profondes.

Cette visite fut bien plus qu’une promenade architecturale. Elle fut une immersion dans l’histoire lyonnaise, entre prestige royal, mémoire révolutionnaire, grandeur républicaine et modernité contemporaine. À travers ses salons, l’Hôtel de Ville raconte la richesse d’une ville qui a su marier tradition et innovation, offrant à chacun de nous une leçon d’histoire vivante et un souvenir inoubliable.

Ah Lyon que tu brilles …

photoq hotel de ville

Puis, en sortant par l’entrée principale de l’Hôtel de Ville, nous n’avions qu’à traverser la place pour que s’ouvrent devant nous les portes du Musée des Beaux-Arts de Lyon. Installé dans l’ancien couvent des Bénédictines de Saint-Pierre, ce musée est l’un des plus prestigieux de France. Dès l’arrivée dans son cloître transformé en jardin paisible, on sent déjà la richesse et la sérénité du lieu, en contraste avec l’effervescence de la ville qui l’entoure.

Nous avons déambulé à travers ses galeries comme dans un voyage à travers les siècles. Des statues antiques aux peintures du XXème, chaque salle révélait une nouvelle surprise. La diversité et l’ampleur des collections impressionnent : sculptures égyptiennes, chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne, grands maîtres flamands, peintres français du XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle, sans oublier une remarquable collection d’art moderne et contemporain.

Sonia soulignait, avec justesse, que ce musée est souvent considéré comme le deuxième de France après le Louvre, tant par la variété de ses collections que par leur importance historique. Peu de gens savent qu’il renferme près de 70 000 œuvres, dont une partie seulement est exposée. On y retrouve aussi bien Rubens, Rembrandt, Véronèse ou Géricault, que des figures modernes comme Picasso, Matisse ou Miró en passant par Gauguin, Cézanne, Delacroix, Manet ou Monet…

Une pensée spéciale pour l’un de mes peintres préférés, Eugène Carrière ( 1849-1906). Je suis particulièrement touchée par son style unique, où il use d’une palette presque monochrome, nuancée de bruns et de tons sourds, pour créer des formes flottantes et comme éthérées. Sa toile « Le compositeur Ernest Chausson et sa famille » en est une parfaite illustration : au-delà de la simple représentation, elle semble capturer l’âme et l’intimité du foyer dans une atmosphère de douce mélancolie. C’est cette capacité à peindre l’émotion pure, à rendre visible l’invisible lien qui unit les êtres, qui fait, pour moi, toute la puissance et la modernité de son œuvre. La voir, immense, dans ce musée de Lyon fut un grand plaisir.

À chaque salle, le temps semblait suspendu : d’un buste antique à une toile impressionniste, d’une icône byzantine à une sculpture de Rodin, nous avions l’impression de traverser l’histoire de l’art en quelques pas. Ce contraste saisissant entre époques et styles donnait à la visite un rythme captivant, presque initiatique.

Mes yeux se sont aussi attardés  devant l’Arlequin grandeur nature de René de Saint-Marceaux. Cette sculpture incarne le lien profond qui unit Lyon à ce personnage : héritage de la Commedia dell’arte, arrivée d’Italie grâce aux foires lyonnaises de la Renaissance, et résonance avec l’art de Guignol. Ici, Arlequin n’est pas qu’une figure théâtrale ; il est le symbole d’une histoire culturelle où Lyon dialogue avec le spectacle, la soie et l’esprit facétieux.

La découverte de ce musée, en face même de l’Hôtel de Ville, prolongeait naturellement notre immersion dans le patrimoine lyonnais : après avoir admiré le faste politique et architectural des salons municipaux, nous nous retrouvions plongés dans la mémoire artistique universelle. Une transition harmonieuse, comme si la ville avait voulu nous rappeler que son histoire ne se limite pas à la pierre et aux institutions, mais se vit aussi à travers la création et la beauté.

Ah Lyon tu me captives … 

 

photos du musee de Lyon

 

La visite prit alors une tournure plus secrète, presque initiatique, lorsque nous fûmes conviés à pénétrer dans l’univers de Max Schoendorff. Artiste inclassable, figure lyonnaise du surréalisme et du dadaïsme, son monde nous était révélé derrière la porte banale d’un appartement ordinaire. L’entrée fut feutrée ; nous nous faisions tout petit, saisis par un sentiment de respect, de peur de troubler la quiétude des lieux. Son épouse, Marie-Claude, nous accueillit avec une douceur grave, nous introduisant dans ce qui s’apparentait à un véritable sanctuaire.

Dès le seuil franchi, nous fûmes saisis par l’ampleur vertigineuse de ce que Max appelait lui-même  son « Journal Intime »  en ne parlant que de sa bibliothèque : Plus de 35 000 livres réunis au fil d’une vie, entassés avec méthode et désordre, comme un immense organisme vivant. “Un jour, cette accumulation fera sens”, disait-il. Et en effet, dans ce chaos savant, chaque bibelot, chaque objet « mal embarqué dans la vie » chaque volume, « sauvés de leur déshérence », semblaient participer à une grande œuvre invisible, le désordre devenait une œuvre en soi, un manifeste dadaïste.

 

Christian Bauer
Christian Bauer surréaliste à l'heure lyonnaise

En parcourant ces espaces, j’eus soudain l’impression de me trouver dans le bureau d’Éric, où je me plais souvent à déplorer son bric-à-brac – ce chaos familier où lui seul se retrouve.

Marie-Claude Schoendorff, me répondit du tac au tac : « Comme j’aimerais, pouvoir crier après le mien » Sa réplique, d’une justesse implacable et d’une tendresse bouleversante, me laissa sans voix. Elle avait raison : ce désordre apparent n’était autre qu’une mémoire, un paysage intime que l’on ne peut qu’habiter avec respect.  Une vérité offerte par Marie-Claude, et une arme absolue donnée à mon cher accumulateur !!

À chaque recoin, on avait le sentiment de pénétrer dans un cabinet de curiosités du XXᵉ siècle : un fragment de manuscrit, une gravure insolite, une sculpture oubliée, un livre annoté, un dessin en marge… Tout devenait matière à poésie. Ce lieu n’était pas un musée figé mais un organisme vivant, un chaos fertile où l’esprit de Max, qui collabora avec les plus grands metteurs en scène et habilla la scène de ses visions, continue de respirer. C’était bien plus qu’un atelier ; c’était le cerveau et le cœur d’un artiste, préservé avec amour. Odile Schoendorff, soeur de Max ainsi que Sylvestre Schoendorff neveu de Max sont venus  nous rejoindre à l’atelier pour trinquer. Ils ont créé l’Ourobouros et le gèrent encore à ce jour.

album photo de chez Max

Max Schoendorff, né en 1934 et disparu en 2012, n’était pas seulement un collectionneur passionné. Graveur, peintre, scénographe, il fut aussi un passeur infatigable. On lui doit notamment la création de l’URDLA à Villeurbanne, ce lieu unique de production et de diffusion de l’estampe contemporaine, devenu aujourd’hui une référence internationale. Par ses œuvres et par son travail d’éditeur, il a marqué durablement la scène artistique lyonnaise et au-delà.

Au départ de Max, Christophe nous confiait que 3 archivistes/historiens  avaient visité les lieux pendant 3 jours et que le verdict était tombé : On ne fait rien !! Tout est là où il doit être !!! Il ne faut rien ranger.

Cette visite n’est pas ouvert au public, Ce voyage au cœur de l’univers Schoendorff, nous le devons à Christophe Leroy, dont le précieux sésame n’était autre que le lien du sang : Marie-Claude, gardienne de ce temple, est aussi sa tante.

Pour prolonger le moment, je me suis procurée à la boutique du club la BD « L’Incroyable Atelier de Max Schoendorff » par Anne Claire Thibaut-Jouvray et Jérôme Jouvray et un  film (CD) de Dominique Rabourdin sur son atelier. N’hésitez pas à me les emprunter si vous souhaitez en savoir plus. 

Ah Lyon tu me surprends…

Album de chez Max

Après cette immersion artistique et patrimoniale, nos pas nous ont conduits vers un autre monument lyonnais : la Brasserie Georges. Fondée en 1836, c’est la plus grande brasserie de Lyon — et même l’une des plus vastes d’Europe — avec sa salle majestueuse de style Art déco capable d’accueillir plus de 600 convives. Véritable institution de la Presqu’île, elle a vu défiler des générations de voyageurs, d’artistes, de commerçants, mais aussi de célébrités. On raconte qu’Émile Zola, Jules Verne ou encore Paul Bocuse y ont pris place, savourant l’ambiance unique de ce lieu où la bière coule à flot et où les horloges monumentales semblent rythmer le temps depuis près de deux siècles.

gif sur la brasserie Georges
Brasserie Georges

Mais ce déjeuner avait une saveur particulière pour nous, car la Brasserie Georges n’est pas seulement célèbre pour sa gastronomie : elle entretient un lien historique avec Henri Rinck, grand joueur et compositeur d’échecs lyonnais né en 1870. La famille Rinck a repris la brasserie en 1939, et Henri Rinck, par son talent et ses publications – comme 150 fins de parties, 300 fins de parties,  700 fins de parties ou 1414 fins de parties – a contribué à faire rayonner Lyon dans le monde échiquéen. Ainsi, ce lieu combine à la fois patrimoine culinaire et mémoire des échecs, rendant notre déjeuner encore plus symbolique.

En franchissant les portes de la brasserie, on sentait l’histoire vibrer autour de nous : des milliers de repas servis depuis le XIXᵉ siècle, des conversations animées comme sur un échiquier géant, et le souvenir d’Henri Rinck, toujours présent dans l’imaginaire des amateurs d’échecs lyonnais. Ce moment de convivialité, entre gastronomie et mémoire, venait parfaitement conclure notre matinée de découvertes culturelles et artistiques.

Ah Lyon… reine des gourmets 

eric et le menu de la brasserie Georges
Les menus changent comme par miracle à la Brasserie Georges
eric et livre sur les echecs
Ici avec le traité de la régence de 1840