Une dizaine de kilomètres dans les pieds plus tard, Éric s’octroya une pause bien méritée avant d’affronter la vague de joueurs s’annonçant pour 19h30. Trente adversaires ? Ils furent trente-quatre, L’espace avait été investi, des échiquiers occupant jusqu’aux moindres recoins. Trois heures plus tard, il en sortait victorieux, n’ayant concédé qu’une défaite et un match nul. Nous gardons le souvenir d’une photographie d’Éric, prise avec la mère et les trois filles Kazarian, toutes adorables et jolies comme des cœurs : Nathalie l’ainée, Anaïs, qui obtint la nulle contre Éric et enfin Emilie, qui, la veille s’était bien battue contre Christian avant de s’incliner. Leur oncle est entraîneur d’échecs en Arménie, cette grande terre du roi des jeux. Quant à Madame Kazarian, elle encourage et coache ses filles avec un enthousiasme qui force l’admiration. Ce fût un bon moment à bavarder avec elle.
Ceux qui connaissent Éric l’auront deviné : à 22h30 il avait faim ! Mais même au restaurant, entre joueurs, il trouva le moyen d’improviser une partie à l’aveugle avec Albert, le fils de l’adorable Karen Arousstamian, collaborateur de Christophe Leroy. Gladiateur des cases noires et blanches, Eric n’en a décidément jamais assez.
Par ailleurs, ce soir-là , à table, Armand Otari, du club de LOE, m’avait confié son admiration pour Mehrshad Sharif, 6 fois champion d’Iran. Alors, imaginez ma surprise lorsque, le lendemain, le hasard les fit s’affronter lors de la première ronde du tournoi des 120 ans. Et pas sur n’importe quel échiquier : le 1er échiquier du tournoi, celui, historique, qui avait accueilli le légendaire match Karpov-Kasparov. Le destin avait tissé un souvenir pour Armand, aussi beau qu’imprévu.
Samedi, dernier jour de notre immersion lyonnaise, Éric a assisté au cours de Younes Mchaouri Mas. Émotion particulière de voir cet ancien élève d’Éric, désormais épanoui dans son rôle de professeur, partager sa passion avec une nouvelle génération. Il avait préparé pour l’occasion une série d’exercices en finales inspirés des parties mêmes d’Éric, que ses élèves ont abordés avec une curiosité et une attention toutes studieuses.
L’après-midi vit le lancement d’un open par une figure marquante de l’histoire lyonnaise : Michel Noir. Ancien ministre, député et maire de Lyon de 1989 à 1995, En 2002, il soutient une thèse sous la direction de Michel Develay, intitulée Le développement des habiletés cognitives de l’enfant par la pratique du jeu d’échecs. Dans son discours, il a célébré avec éloquence les vertus des échecs, soulignant combien ce jeu, miroir de la stratégie et de la concentration, participe à l’éducation de la jeunesse et à l’enrichissement intellectuel de tous.
Ainsi s’achève ce séjour, bien au-delà d’une simple visite. Ce fut une véritable immersion dans le vivant d’une culture échiquéenne, un dialogue entre les légendes du passé, l’énergie du présent et la promesse de l’avenir. Lyon ne s’est pas contentée de nous accueillir ; elle nous a offert le spectacle vibrant d’un jeu qui, entre art et combat, mémoire et transmission, continue d’inspirer, de rassembler et de grandir.
Devant la richesse de ces moments vécus, une évidence s’est imposée : il me fallait rapporter ces souvenirs aux membres de l’Échiquier Carcassonnais. Moi qui évolue dans l’ombre des échecs sans y jouer, j’ai vu, durant ces jours lyonnais, combien cette passion est bien plus qu’un jeu : c’est un univers aux facettes multiples, une langue universelle qui crée du lien et une histoire vivante qui se transmet. C’est ce regard, celui d’un témoin privilégié, que je suis heureuse de partager avec vous.
Mes remerciements les plus chaleureux vont à Christophe Leroy, Christophe Mathieu, Sonia, Tristan, Younes et à toute l’équipe de LOE. Merci également à chaque personne rencontrée ; c’est votre passion partagée qui a fait de cette célébration un si beau moment. Je regrette de ne pas avoir vu le jeune MI Sevan Buscara, élève d’Éric qui travaillait au LOE ; il vit désormais à l’étranger.
Et bien sûr, un merci tout particulier à mon amoureux, Éric, dont la passion est le fil conducteur de toutes ces belles histoires.
Partis avant la simultanée du GMI Emmanuel Bricard, et la visite du GMI Bachar Kouatly je vous propose la lecture en lien de l’article de ce weekend end spécial par LOE, pour un tour complet et échiquéen :).
Ah Lyon… Tu m’as conquise !
Béatrice Di Maio
