Célébration du tricentenaire de Philidor à Dreux : un week-end entre musique, échecs et Histoire

Les 30 et 31 mai 2026, Éric et moi avons eu l’immense privilège de célébrer à Dreux, sa ville natale, les 300 ans de François-André Danican Philidor. Ce week-end marquait le début des commémorations estivales en son honneur. À l’image de mon séjour à Lyon, où échecs, art et culture se mêlaient, j’ai eu envie de vous faire vivre ce moment.

Une conférence passionnante de l’historien Jean-Olivier Leconte

Le samedi après-midi s’est ouvert par une conférence de l’historien Jean-Olivier Leconte, remarquablement documentée et menée avec une grande clarté. Maître FIDE et président de la commission Art, Culture et Histoire à la FFE, il a su faire vivre avec précision le génie multiple de Philidor. Vous pourrez retrouver son article et son diaporama ICI, sur le site de la FFE, ainsi que quelques extraits de la musique de Philidor. Pour les amateurs d’histoire échiquéenne, je vous mets en lien le blog de Jean Olivier Leconte sur le Café de la Régence, ICI .

Une simultanée à l’aveugle impressionnante de notre Eric

Puis a eu lieu une simultanée à l’aveugle donnée par le grand maître international Éric Prié. Il affrontait cinq joueurs représentatifs de la population échiquéenne : un senior, un vétéran, une jeune fille, un jeune homme et une dame.

Nous avons tous été impressionnés par les capacités d’Éric : pendant deux heures, il a joué sans voir les échiquiers et a remporté toutes ses parties. Il a ensuite analysé les parties avec les concurrents. Juste avant le concert, il a même pris le temps de saisir toutes les parties sur ordinateur !

Didier Marie, président de Dreux Échecs, a été un excellent collaborateur. Sa voix claire et distincte, son attention au jeu, et le soin qu’il a mis à bien prononcer les « B » et les « D » (qui peuvent prêter à confusion) ont été précieux pour ne pas embrouiller l’esprit du GMI.

Les descendants de Philidor, présents ce jour-là, n’ont pas perdu une miette de la démonstration, très concentrés sur la prestation d’Éric.

Un cocktail en présence des personnalités et de la descendance de Philidor

La journée s’est poursuivie par un cocktail, ponctué de discours. Monseigneur le comte de Paris, Monsieur Frédéric du Laurens (président de la Fondation Saint-Louis), Monsieur Abdel-Kader Guerza (maire de Dreux) et Monsieur Christophe Hériard (sous-préfet de Dreux) ont tour à tour rendu hommage à Philidor : sa musique, son apport aux échecs, son génie multiple.

Monseigneur le comte de Paris, qui réside tout près de Carcassonne, a même fait  honneur aux Audois. Il a salué l’initiative de la présence des échecs dans les écoles, collèges et lycées audois, et a même ajouté que son fils, scolarisé jusqu’à l’an dernier dans un collège privé de l’Aude, avait bénéficié de cours d’échecs dans son établissement avec notre cher Patrice Galligani.

Tous ces discours se déroulaient sous le regard bienveillant des descendants de Philidor, venus spécialement pour l’occasion. On les sentait vraiment heureux d’être rassemblés pour rendre hommage à leur illustre ancêtre.

L’une des descendants a eu la gentillesse de nous faire parvenir, à Carcassonne, Le Manuel des échecs en bande dessinée, d’après une idée originale de son fils Louis Vendel. Preuve que le lien entre Philidor et les échecs, trois cents ans plus tard, n’est pas terminé. Je crois savoir que cet ouvrage ne mentionne pas Philidor. Alors, pourquoi pas un prochain tome ? 

Au fond, la vie et le personnage de Philidor, si romanesques, si riches et si complexes, ne mériteraient-ils pas de devenir un roman ou un film ? Avec sa musique en toile de fond, et pourquoi pas un excellent Benjamin Lavernhe pour incarner ce génie à deux visages ? En tout cas, j’adore l’idée.

Monseigneur le comte de Paris et Eric Prié
Mr Frédéric du Laurens, président de la fondation Saint Louis, devant la maison natale de Philidor
La descendance de Philidor et Eric Prié

Un concert baroque dans la Chapelle Royale

Un magnifique concert baroque a ensuite eu lieu dans la Chapelle Royale, célébrant la musique de plusieurs générations de musiciens de la dynastie Danican-Philidor. On peut rappeler que Philidor a joué un rôle fondateur dans la création de l’opéra-comique, genre musical dont il a largement contribué à fixer les codes.

Une mention spéciale au dernier morceau : «  la sagesse est un trésor », ce banger m’est resté dans la tête pendant plusieurs jours ! Merci à tous les artistes pour ce moment d’exception : Frédérique Veyrac, Maria Raffaele, Olivier Clemence, Alexandre Salles, Alissa Durye, Cathia Lardeau.

Rencontre avec Miss Boll et ses échiquiers d’art

J’ai également eu une belle conversation avec Miss Boll, qui exposait à l‘Évêché, dans le parc, juste à côté de la maison où Philidor a grandi. Ses créations, inspirées de Philidor, sont magnifiques. Cela fait un an qu’elle travaille sur ces  cabinets de curiosité ou peintures originales autour de ce thème. Elle personnalise les contours des échiquiers avec une grande créativité. Le thème de l’échiquier présenté était le Café de la Régence, mais elle m’en a montré un autre orné de dodos, qui est parti pour l’île de La Réunion. Artiste passionnée, elle est venue un peu par hasard dans l’univers des échecs grâce à ses fils joueurs, et cela l’inspire depuis plus de vingt ans. Les prix du tournoi étaient d’ailleurs une réplique d’un tableau qu’elle a conçu en l’honneur de Philidor.

Vous pouvez la contacter pour commander votre propre échiquier personnalisé. Elle sera également présente au championnat de France à Vichy avec ses œuvres. Pour la suivre ou la joindre, rendez-vous sur sa page Facebook

Le tournoi rapide du dimanche

Le lendemain, un tournoi rapide était organisé. Le GMI Éric Prié l’a remporté avec 6 points sur 7, suivi du maître FIDE Viktor Stefan et de  Maria Leconte GMF. Le tournoi était arbitré par Sébastien Sobry.

Les trophées de Miss Boll et plein de Goodies !

La Chapelle Royale du Domaine de Dreux : un chef-d'œuvre d'histoire et d'émotion

Le parc du Domaine royal

Avant même d’entrer dans la Chapelle Royale, le parc du Domaine royal de Dreux offre un spectacle d’une beauté paisible. On y déambule sous de somptueux arbres, dont la majesté rappelle le poids des siècles. Les tilleuls étaient en fleurs et leur parfum enivrant embaumait les allées. Des échiquiers géants étaient posés çà et là, faisant le lien entre la promenade bucolique, la chapelle majestueuse et le concert à venir.

Eric sous le tilleul

La Chapelle Royale

Édifice d’une grande élégance, la Chapelle Royale a été construite au XIXe siècle par l’architecte Pierre-Félix Delarue, à la demande de la reine Marie-Amélie, épouse du roi Louis-Philippe, pour abriter les tombeaux de sa famille, la maison d’Orléans.

L’intérieur, de forme circulaire, surprend par son élégance et son volume. La pierre, d’une grande finesse, habille les murs d’une douceur minérale. La haute coupole, percée de baies généreuses, laisse entrer la lumière naturelle qui baigne l’ensemble d’une clarté solennelle. Le regard est immédiatement capté par la décoration confiée aux plus grands peintres de l’époque. On y admire des vitraux dessinés par Eugène Delacroix et Jean-Auguste-Dominique Ingres, parmi d’autres grands artistes de l’époque. Mais c’est peut-être le célèbre bleu de Sèvres qui a attiré mon attention, par sa profondeur et son intensité rares. Cette teinte somptueuse n’est pas sans évoquer le monde des échecs : le trophée du championnat de France d’échecs est en effet une œuvre en porcelaine de Sèvres, parée de ce même bleu profond, symbole d’excellence et de raffinement à la française.

Tout à gauche de l’autel, on descend quelques marches. Le spectacle est saisissant : la nécropole royale des Orléans s’ouvre à nous. Il était très impressionnant de se retrouver auprès de ces gisants, dans ce lieu chargé d’histoire qui vous saisit dès l’instant où vous y pénétrez.

C’est sous l’impulsion de la duchesse d’Orléans, fille du duc de Penthièvre, que ce lieu de mémoire fut créé en 1816, avant d’être agrandi par son fils le roi Louis-Philippe Ier pour en faire la sépulture dynastique de sa famille.

Surnommée le « Saint-Denis des Orléans », la chapelle joue pour la maison d’Orléans le même rôle que la basilique Saint-Denis près de Paris pour les rois de France : une nécropole dynastique où reposent les ancêtres, entre mémoire et solennité. On y dénombre aujourd’hui une cinquantaine de tombeaux et de gisants.

Je sais que je me répète, mais c’était vraiment incroyable de se retrouver auprès de ces gisants, dans ce lieu chargé d’histoire. Et pour couronner le tout, j’y étais seule, et l’émotion m’a doucement gagnée.

Durant le concert, je n’ai pu m’empêcher de penser à tous ceux qui reposent en dessous. Je mesurais alors toute l’importance de cette chapelle pour Monseigneur le comte de Paris, présent parmi nous . Ses parents, ses ancêtres étaient là, tout près. Ce sentiment de proximité avec l’histoire rendait l’instant encore plus solennel et émouvant.

 

Remerciements et présence d’Europe Échecs

Je tiens à remercier chaleureusement Jocelyne Wolfangel, directrice de Wolfangel Events, une entreprise spécialisée dans l’organisation d’événements autour des échecs et de l’art. Depuis longtemps investie dans le monde échiquéen, elle s’est occupée des féminines à la FFE pendant de nombreuses années, sous plusieurs présidences. Elle connaît tout le monde dans ce milieu, et c’est grâce à son professionnalisme, sa bienveillance et son sens du relationnel qu’elle parvient à ponctuer l’année d’événements toujours réussis, mêlant avec élégance les échecs et la culture. Son prochain événement aura lieu chez nos amis de Lyon : elle y organisera la finale du Trophée Caïssa féminin le 14 juin 2026. J’avais d’ailleurs consacré trois articles à l’anniversaire de l’Olympique lyonnais.

Merci également à Sarah Brouckaert, chargée des publics et de la promotion du Domaine royal de Dreux pour la Fondation Saint-Louis, pour son accueil et la fluidité de cette journée.

Signalons aussi la présence de Georges Bertola et de sa pétillante épouse. Rédacteur en chef d’Europe Échecs, il consacrera très certainement un article à cet événement dans un prochain numéro : soyez attentifs !

 

BDM